Umberto ECO « Confessions d’un jeune romancier »

 » Le World Wibe Web est réellement la Mère de toutes les listes (…). Le seul inconvénient est que nous ne savons pas lesquels de ses éléments se réfèrent à des données du monde réel et lesquels à des mondes fictifs. Il n’ y a plus de distinction entre la vérité et l’erreur. «  Umberto ECO, « Confessions d’un jeune romancier ».  Grasset, 2013. pp 229-230 ECO

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Des Mondes Possibles à Besançon

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THE END, ETC. Laetitia MASSON.

The end jpgThe End, etc. de Laetitia Masson (http://the-end.nouvelles-ecritures.francetv.fr) est une « expérience de cinéma », sur le Web. C’est sous cet aspect (numérique), le rapport du cinéma au Web …ou l’inverse, que j’ai aimé cette « expérience », en tant que ce rapport explore la relation de la Fiction et du réel (de l’histoire et du politique).

L’entrée, après un cours prologue, s’ouvre sur le choix entre Fiction, Portraits et Musique.
Le court prologue annonce en voix off  les thèmes, sur des images en négatif et à rebours , ponctuées de premier mots clés : expérience, politique, choix, fiction, documentaire, fragments, film, musique, liens.
Musique, ce sont 5 enregistrements de Jean-Louis Murat, sur des textes révolutionnaires, comme  la Marseillaise, l’Internationale, ou de Murat lui-même, (l’envers du Zébu). Ces enregistrements (très beaux!) sont à la fois des séquences audio-visuelles « réelles » et des bande-son pour les parcours de « The end, etc. » (Il y a presque dans la voix de Murat la nostalgie et le manque de la voix de « The end » des Doors …)

Portraits, ce sont 21 séquences d’entretiens de personnes réelles (dont les acteurs de la Fiction : Élodie Bouchez, Jérôme Kircher, Aurore Clément , André Wilms), entretiens sur leur vie, leurs difficultés, leurs rêves, leur travail, leurs opinions politiques, etc… de personnages très différents ( le journaliste Denis Jeambar ou une caissiere de magasin Virginie Maréchal-Ossoukine).
Fiction. Une histoire  d’une jeune femme (Élodie  Bouchez) cherchant du travail, répondant à l’annonce d’un patron ( Jérôme Kircher) recherchant un « homme de ménage »… ses expériences antérieures, -professionnelle, sentimentale, …-  avec les femmes ayant été visiblement des fiasco. Le dialogue entre les deux, leur incompréhension autant que leur désir, dans cette « tractation » (attraction/refus) salariale autant que de séduction,  révèlent  comment les engagements du langage et du corps sont nécessairement politiques. Politique, cette jeune femme refuse (sur le mode de la démocratie représentative) pourtant de l’être, comme elle refuse son « genre », si on en croit les autres dialogues avec ses parents ( Aurore Clément , André Wilms), qui sont des acteurs ratés, ou avec sa fille (qui voudrait être chanteuse) .
Des séquences de Fiction sont en fait « en abyme » : c’est sous le signe de la « fin » du Cinéma (ou du théâtre), la fin ou la crise de la fiction,  (au bénéfice du « marketing », de « l’économie »), qu’Elodie Bouchez /Sam Gérard/Laetitia Masson essaie de penser la « crise », la fin, l’apocalypse présente . Elle rejoue ainsi en cauchemar une scène ou son père est un figurant nazi… En abyme, métafiction, au sens où documentaire-réel et fiction s’interpénètrent.

The end etcLà ou le Web intervient en effet, c’est dans l’expérience hypermédia, et transmedia-,  à laquelle nous sommes conviés :  « Composez votre film » . Trois séries d’écrans propose des mots clés. En fait, la composition de chacun de ces 3 choix  renvoie à une organisation aléatoire des séquences. Après le choix de navigation entre les registres Fiction, Portraits ou Musique,  nous pouvons ensuite explorer les différentes possibilités de navigation fonctionnelle (Partagez  Recommencez  The end, etc. Prolongez l’expérience. Crédits). Mais « Composez votre film », c’est surtout la composition de ces trois registres de « concepts  » clés principaux (famille amour travail international dieu président, etc...-) , composition présidant au choix de séquences, intégrant elles-mêmes des éléments de Fiction comme des Portraits (et de Musique d’ailleurs).
Cette exploration transmédia, fiction/documentaire, permet d’explorer réellement l’univers de Laetitia Masson.  D’explorer …sans fin.  L’effet de ritournelle permet de faire varier l’étrangeté des relations de séduction /refus des deux personnages (Bouchez/Kircher), comme des modes de transmission grands parents/fille/petite fille ; des relations Fiction/réel, présent/histoire/futur, des rapports homme/femme/transexuel, etc…
Juste un regret (dont on sent bien que Laetitia Masson a voulu faire un atout) :   le « résultat » hypermédia des « compositions » de ces trois registres de concepts clé est en fait aléatoire ( http://the-end.nouvelles-ecritures.francetv.fr/film-aleatoire-the-end-etc.html). . Certes, la vie est faite de hasards et contingences au sein des contraintes majeures, et cette expérience en rend bien compte. Mais il est dommage qu’on soit dans une composition (qui certes n’aboutit jamais à une incohérence « logique ») restant  une composition de jeu, comme lorsqu’on rebat les cartes. Chaque donne est différente, mais le « jeu » reste le même. (Mais d’un autre côté, comment faire, sinon en « sortant » de l’oeuvre ?)
À notre sens, l’indexation, l’annotation, dont font l’objet les mots clés, comme les séquences,  sont dans l’extériorité formelle de l’hypertexte, tel qu’on le connait depuis Ted Nelson. On voit bien que d’autres logiques pourraient présider aux graphes composant ces données et ces liens. Sur le cahier des charges que s’est donné Laetitia Masson, on pourrait imaginer que des « automates »  sémantiques viennent rejouer la donne en fonction de graphes de données où Fiction et  Portraits pourraient se composer « moins arbitrairement », en fonction de logiques de possibilités ouvertes, en quelque sorte « de l’intérieur » du sens de chacun des fragments, des modalités inhérentes à chaque séquence.
De fait, cette « contrainte » n’apparait que si nous voulons faire exister cette « expérience » sur le Web. Si tel est le but ultime de Laetitia Masson ( « partagez votre film ») sur Facebook (?), il faut que mon expérience ne soit pas seulement aléatoire.  Les univers de la Fiction qui nous est présentée, des portraits dont nous écoutons les entretiens, nous conduisent (nous, internautes) à ouvrir The End, etc. sur un et cetera desunt  (et les autres choses manquent …)  interminable, mais également maîtrisable, compréhensible, c’est-à -dire échangeable, d’un univers à l’autre.
On voit bien qu’à l’avenir, ce que devront « échanger » les créateurs, les metteurs en scène, ce sont aussi les algorithmes proposant des logiques de mondes possibles, des alternatives composant réel et fiction, afin de ne pas en rester à la répétition aléatoire des mêmes données, entre chaos et/ou déterminisme.

« Que vais-je partager ? et avec qui ? », tel pourrait-être l’autre titre du film de Laetitia Masson.

Yannick Maignien

logo_nouvellesecritures« THE END, ETC. »  de Laetitia Masson, Développé par Memo Prod et les Nouvelles Ecritures de France Télévisions, en collaboration avec Incandescence, et avec le soutien de l’IRI et du CNC.

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VENICE TIME MACHINE La Fiction numérique au service des Humanités

VeniseLe projet « Venice Time Machine », est un grand projet de Digital Humanities entre l’EPFL et l’université Ca’Foscari, et les convergences avec l’atelier VeriFiction sur les notions « d’espace fictionnel », à partir du traitement des données, devraient permettre de définir des directions communes de travail.

« Venice Time Machine », sorte de machine numérique à remonter le temps, souhaite reconstruire le passé de Venise, à partir de traces et documents du patrimoine de cette Ville-monde.

Frédéric Kaplan, porteur de ce projet et Directeur du DHLAB de l’Ecole Polytechnique de Lausanne, précise l’une de ses dimensions:

« La gestion de l’incertitude et des espaces fictionnels est le coeur du défi scientifique de ce projet. Il s’agit de raisonner dans des espaces où se côtoient des incertitudes de natures très diverses (fiabilités des sources, erreurs d’interprétations, extrapolations basées sur de fausses hypothèses, erreurs dues aux procédés de numérisation). Depuis 50 ans, les sciences de l’information n’ont cessé de développer des approches pour raisonner dans des univers incertains et a priori peu prévisibles (calculs probabilistes, logique floue, apprentissage artificiel, etc.). Des méthodes qui n’ont jusque-là pas reçu suffisamment d’attention en histoire. La rencontre de ces approches formelles et des mondes historiques incertains pourrait donner lieu à de grandes découvertes.

Dans notre approche, chaque source produit ce que nous appelons un « espace fictionnel ».  Ce n’est que par la « jointure » d’espaces fictionnels émanant de divers documents que nous pouvons progressivement produire un passé « probable ». Une conséquence de cette approche est qu’il n’y a évidemment pas un passé, pas une organisation de Venise ou une structuration de son empire maritime, mais de multiples mondes possibles dont nous tâchons d’évaluer la plausibilité » [1].

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2ème atelier VeriFiction – 26 février 2013.

L’atelier VeriFiction organise sa seconde séance le 26 février 2013, de 14h à 18h
au  CNAM
292, rue Saint-Martin    75003 Paris
– Salle :  28.   Étage :  2 – Accès : 21

plan d’accès au Cnam :    http://presentation.cnam.fr/adminsite/photo.jsp?ID_MEDIA=1147941706049

Hemming's Unicycle - 1869 / Wikipedia

Hemming’s Unicycle – 1869 / Wikipedia

Avec la participation de Patrick PECCATTE qui interviendra sur le thème :

« Roues imaginaires, roues possibles »
La généalogie des objets de fiction et leur insertion dans un environnement culturel. Quelles relations entre des objets techniques existants ou ayant existé (les monowheeels « réels ») et des objets fictionnels (les monowheels « fictifs ») ?

Chercheur associé au laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic/EHESS), mathématicien et philosophe de formation, ingénieur spécialiste de l’image numérique, Patrick Peccatte a publié entre autre La Consistance rationnelle (Aubier, 1996), plus récemment « L’interprétation des graphiques produits par Ngram Viewer », in  Read/Write Book 2, Marseille, OpenEdition Press  2012. (http://press.openedition.org/284) ,  et a a traduit notamment un ouvrage de H. Putnam et plusieurs articles (Searle, etc.).

Cet atelier pourra également être l’occasion de discuter de l’article de Patrick Peccatte « Fictions et mondes possibles » de Culture visuelle http://culturevisuelle.org/dejavu/1188, transposant au cinema des relations d’accessibilité (cadre de Kripke) reprises de travaux de Marie-Laure Ryan. Pourrait-on faire le même exercice à l’égard du Web ?

*

Autres points à l’ordre du jour :
– Point sur les initiatives possibles en matière de prototypage ou maquette, en fonction des conclusions de l’atelier du 3 décembre

– Une prochaine séance est dores et déjà programmée le 15 mai 2013 (de 14h à 18h) avec l’intervention du Professeur Serge ABITEBOUL, Directeur de recherche INRIA, membre du Conseil National du Numérique, membre de l’Académie des sciences.
Serge Abiteboul est spécialiste des bases de données, auteur de  Sciences des données : de la logique du premier ordre à la Toile ( Collège de France/Fayard editions, 2012), mais aussi romancier : Le livre d’Axel. 2000, Hirondelles sur le web, avec Luc Blanchard, 2005 et L’américain de Sèvres, avec Yann Fradin, 2010. Éditions http://www.lulu.com,

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Notes de Jean-Pierre Cometti sur l’atelier du 3 décembre

                     Atelier « Vérifiction » du 3 décembre 2012

" ...if the copyright owner contacts us and asks us to remove the image, we will comply."

 » …if the copyright owner contacts us and asks us to remove the image, we will comply. »

Remarques pour mémoire et autour des thèmes abordés.                                                                                Jean-Pierre Cometti

Les remarques qui suivent s’efforcent de reprendre quelques éléments de la discussion qui a eu lieu le 3 décembre ; elles ne leur sont peut-être pas entièrement fidèles, car deux mois ont passé et je n’ai pas pu les rédiger plus tôt.

Les bases de notre discussion étaient étroitement liées à la question de la vérité, et par conséquent à un arrière-plan logique et philosophique dont la source se trouve chez Gottlob Frege et Bertrand Russell (On Denoting, 1905). On sait que ce dernier texte donna le départ à un ensemble de réflexions centrées sur la vérité et la référence, en relation avec la discussion des textes de Meinong (chez Russell), qui marquèrent durablement les recherches sur la fiction, considérées essentiellement d’un point de vue logique, en dehors de toute préoccupation tournée vers les arts ou la littérature. C’est une remarque que l’on trouvera entre autres dans le livre de Gibson (beaucoup plus récent) : Fiction and the Weave of Life (Oxford University Press, 2007).

Les thèses significatives ultérieurement défendues par Nelson Goodman et David Lewis, en dépit de ce qui les oppose, se situent dans le prolongement des questions initialement abordées dans cette perspective. Goodman soustrait la question de la fiction à la notion de vérité en forgeant le concept d’extension secondaire, mais l’idée de référence demeure cruciale, dans la mesure où elle n’est pas dissociable de la notion de signification[1]. Lewis opte, quant à lui, pour un réalisme ontologique qui offre une issue aux problèmes que les modalités pose à la vérité.

Goodman excepté, c’est vers un tout autre horizon qu’il faut se tourner pour étendre la question de la fiction aux arts et à la littérature. Les années quatre-vingt on vu se développer plusieurs tentatives, très peu connues, visant à poser, dans le champ littéraire cette fois, la question de la fiction en relation avec une problématique de la référence[2]. On peut en avoir des échos dans le livre de Thomas Pavel, L’univers de la fiction. Sans entrer ici dans le détail (je passe par exemple sur les travaux de Searle et sur le genre de débat auquel a donné naissance l’idée qu’il puisse y avoir des marqueurs textuels de la fiction)  et pour aller à l’essentiel, on peut considérer que cette situation s’est prolongée jusqu’à la publication du livre de Kendall Walton : Mimesis as Make Believe(1990).

Le livre de Walton, généralement bien accueilli dans l’aire d’influence de la philosophie analytique, adopte un point de vue différent, me semble-t-il, de celui qui avait prévalu jusqu’alors, en ce qu’il inscrit la question de la fiction dans un ancrage anthropologique. C’est ce qui lui permet d’étendre ses investigations au champ artistique. Il se distingue, par là, de la construction logique et théorique de David Lewis et semble offrir des possibilités d’intelligibilité que la théorie des mondes possibles n’offrait pas[3]. D’une certaine manière, soit dit en passant, il renoue avec les thèses (oubliées) qui avaient été celles de Hans Vaihinger dans son livre influent (j’y reviendrai) : Philosophie des als ob (1911).

Les idées introduites par Walton dans la discussion sur la fiction débouchent sur plusieurs questions que je résumerai dans une éventuelle optique de discussion, sans avancer quelque thèse particulière, tout au plus des suggestions.

1)    Dans quelle mesure la conception proposée par Walton (la fiction comme « make believe », à prendre me semble-t-il au pied de la lettre) peut-elle être articulée à la question de la vérité et à la problématique qui avait été initialement celle de Frege et de Russell ? D’un côté elle déplace la question de la logique vers l’anthropologie, mais aussi la philosophie de l’esprit ; d’un autre côté, en faisant appel à l’idée de croyance (en un sens à préciser), elle continue de présupposer la notion du vrai (grosso modo, ce qu’elle produit relève d’un savoir ou d’une perception « faussement » vraies.

2)    Comme l’indique le titre de l’ouvrage : « Mimesis », les réflexions de Walton conservent aussi un rapport avec l’idée de « représentation », au double sens du terme (darstellen, vertreten), en écho à un lointain héritage platonicien qui me semble impliquer une ontologie sous-jacente. En tout cas si les opérations fictionnelles, quels que soient les moyens mis en œuvre, se caractérisent en cela qu’elles produisent un certain type de croyance en relation avec un objet ou une représentation, et si elles relèvent en cela du jeu plus que du sérieux (autant d’idées à définir que je me contente d’énoncer ainsi), elles appartiennent aussi à ce que Vaihinger présentait comme relevant d’un « comme si », et elles ne sont pas de nature à produire un savoir quelconque (un recul par rapport aux thèses de Goodman). Cette conséquence entre me semble-t-il en contradiction avec une conviction du sens commun, relayée aujourd’hui par la philosophie et les réflexions inspirées par la littérature, à savoir l’idée qu’il y va d’un certain type de connaissance. La question que je vois est donc celle-ci : par quel aspect le « make believe » waltonien pèche-t-il par défaut ? Ou comment le comprendre de telle manière qu’il puisse prendre en charge les ressources que nous avons coutume d’attribuer aux arts et à la littérature, si du moins nous désirons en comprendre les effets ?

3)    Une possibilité que j’avais évoquée me semble offerte par la notion d’expérience de pensée. De même que pour Wittgenstein, « les concepts fictifs nous aident à comprendre les nôtres », la fiction nous aide aussi à mieux connaître ou comprendre des conditions ou des croyances tout à fait réelles, auxquelles nous avons plus communément affaire. Les expériences de pensée (dont on sait l’usage en philosophie et dans les sciences) sont des opérations en « comme si »[4], mais avec  ceci de particulier que les effets cognitifs qu’il est possible de leur attribuer sont suspendus à des hypothèses contrefactuelles qui font apparaître différemment l’ordre des choses qui nous est familier ou que nous tenons pour « naturel ». Constituent-elles une dimension du « make believe » ou faut-il leur réserver un statut particulier ? Observons en tout cas deux choses qui débouchent sur une bifurcation : a) Par rapport à une problématique de la « vérité », les expériences de pensée s’inscrivent dans une vision falsificationniste et dans celle d’une conception de l’enquête de nature à s’étendre à des questions de nature diverse, non bornées par une épistémologie ségrégationniste (dans la ligne du pragmatisme). La question qui se pose n’est plus de savoir si les productions fictionnelles sont « vraies », mais si les conséquences en sont telles qu’elles peuvent produire du « savoir » et éventuellement déboucher sur des modalités de comportement et d’action « sérieuses » ; b) en un sens, elles déplacent les questions d’ontologie vers des questions relatives à nos usages et à des contextes d’usages. La bifurcation à laquelle je faisais allusion est celle qui nous place au carrefour d’une ontologie et d’une philosophie attentive à des conséquences dans un contexte d’expérience.

Mes remarques s’achèvent pour l’instant sur cette alternative, si du moins c’en est une. Il me semble, mais mes souvenirs ne sont pas suffisamment précis que plusieurs éléments de la discussion, en particulier à propos de ce qui était imaginé dans des contextes variables, allaient dans ce sens.

Jean-Pierre Cometti, le 30 janvier


[1] Je vais un peu vite. Goodman déplace ces questions vers une problématique des « versions du monde » qui n’a évidemment plus grand chose à voir avec la référence au sens russellien.

[2] Des revues comme Critical Inquiry ou Modern Language Notes ont publié plusieurs articles à ce sujet au cours de ces années.

[3] Une remarque en passant : on a beaucoup parlé de Lewis dans le champ littéraire, mais les usages qui en ont été faits sont le plus souvent métaphoriques. Il ne va pas du tout de soi que la notion de « monde possible » au sens de Lewis nous aide en quoi que ce soit à comprendre les ressorts de la fiction, au-delà de la métaphysique dont on peut être tenté de la doter. Il est tout à fait intéressant de remarquer que la traduction du livre de Lewis en français n’a pas changé grand chose aux usages qui en étaient faits jusqu’alors ; elle les a même plutôt éteints.

[4] J’ai mentionné tout à l’heure le nom de Vaihinger. Ce qu’il avait en vue me semble relever des « expériences de pensée », thématisées au même moment par Ernst Mach, et prises tout à fait au sérieux par un écrivain : Robert Musil, le premier sans doute à y avoir trouvé le sens de ce qu’il entendait entreprendre lui-même en tant qu’écrivain.

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L’art de l’immersion / (BUZZ) de Frank ROSE, Ed. Sonatine

Image de couverture de l'édition française "BUZZ"

Image de couverture de l’édition française « BUZZ »

Notre amie, Lucie Leuven, nous transmet ce commentaire sur le livre de Frank Rose, paru en traduction aux éditions Sonatine (sous le titre BUZZ, titre américain : The art of immersion : How the Digital Generation Is Changing Hollywood, Madison Avenue, and the Way We Tell Stories ). Ce commentaire fait suite à un entretien de Jérôme Hourdeaux avec Frank Rose, publié dans Médiapart : http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/240113/lart-de-limmersion-ou-le-storytelling-20

 » Merci à Jérôme Hourdeaux de cet entretien avec Frank Rose et aux Editions Sonatine pour leur traduction.

Cet article est important, car il ne s’agit de rien moins que du régime des relations fiction/actuel dans la réalité d’aujourd’hui.

Cette question est quasiment totalement négligée en France, et même en Europe (des travaux intéressants existent en GB, en Italie et en Allemagne…) . Et les institutions de la Culture, de l’Université, de la Recherche, (etc.) passent allègrement à côté de ce fait fondamental.

Certes, nous avons en France une tradition d’études esthétiques de la narratologie, c’est-à -dire de la place de la Fiction dans la littérature, et au mieux dans le cinéma….mais au-delà, rien!

Les travaux les plus intéressants remontent au livre de ChristiaN Salmon : Storytelling : La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits. Mais cela remonte à 2007, et C. Salmon s’intéressait surtout à l’aspect socio-politique du phénomène.

Mais comme le dit Frank Rose : « Le storytelling est une combinaison d’art et de technologie ».  C’est bien de cela qu’il s’agit.  Des relations de la technologie et de la Fiction ; par laquelle il y a Fiction…

Depuis l’antiquité , la fiction, le mythe, la création,  ont quelque chose à voir avec les machines, avec la technè ;  art et ruse à la fois. Pas d’avant-scène visible, sans des coulisses truffées de machineries et traquenards… Le théâtre, le roman, le cinéma, la TV, le jeu-vidéo,… et maintenant le Web comme technè transmedia, sont autant d’industries du rêve, de machinerie du possible, au sein d’une réalité sociale qui, sans cette « contrepartie » industrielle de l’imaginaire ne pourrait pas vivre. Sans Hollywood, pas d’Usine Ford, Sans Disney, pas d’IBM, etc…

En même temps, c’est à la vigueur de cette « industrie du rêve » que se mesure le dynamisme du capitalisme tout entier ! Sans Spielberg, pas de Bill Gates !!!

Avec cette idée d’immersion, d’hybridité et de mixité du réel/fictif propre aux industries de la communication et du numérique, de nouvelles formes de fiction surgissent. Mieux, comme le dit Rose, c’est nous, apparents « réels », qui entrons dans le jeu de l’hybridité  et du doute sur les frontières entre actuel et virtuel.

Etonnant qu’un fait aussi massif passe à côté de l’intelligencia en place, alors qu’il y va de la solidité de nos relations au faux, au vrai, au réel, à l’apparent!  ( Y compris solidité démocratique, C. Salmon avait raison).

Autre point : Rose a raison, mais ce qu’il cite est très en-deçà de ce qui nous attend : il traite du Web de documents, du Web HTML et de l’Hypertexte, mais nous n’en sommes plus là ! Le Web 2.0 a introduit les moyens de l’immersion par les réseaux sociaux, certes. Mais est en train de se développer avec le Web de données, ou Web sémantique, donc Web des connaissances, et de s’inscrire,  une nouvelle frontière entre Actuel et Fiction. Les moyens de raisonnement sur des données « fausses », ou même sans référence, définissent des autres mondes, contreparties de ce monde-ci. Sans une réflexion, une maîtrise et une pratique de ces nouvelles frontières brouillées, on va vers des catastrophes sans aucune mesure avec les illusions du fascisme dans les années 30 !

Déjà, en 1936, dans l‘Oeuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée, Walter Benjamin avait bien vu en conclusion que cette crise de la Fiction culminant dans un mélange du cinéma et de la publicité augurait la guerre totale.

Un des rares lieux sur le Web (en France) où ces idées sont discutées est celui du Blog du groupe VeriFiction, qui tente de démêler ces relations étranges entre techniques du Web sémantique, logiques de mondes possibles (utilisées comme logiques de description au sein des formats du Web) et théories de la Fiction.  https://verifiction.wordpress.com

Une des urgences prioritaires serait de penser la crise de la Fiction contemporaine.

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