THE END, ETC. Laetitia MASSON.

The end jpgThe End, etc. de Laetitia Masson (http://the-end.nouvelles-ecritures.francetv.fr) est une « expérience de cinéma », sur le Web. C’est sous cet aspect (numérique), le rapport du cinéma au Web …ou l’inverse, que j’ai aimé cette « expérience », en tant que ce rapport explore la relation de la Fiction et du réel (de l’histoire et du politique).

L’entrée, après un cours prologue, s’ouvre sur le choix entre Fiction, Portraits et Musique.
Le court prologue annonce en voix off  les thèmes, sur des images en négatif et à rebours , ponctuées de premier mots clés : expérience, politique, choix, fiction, documentaire, fragments, film, musique, liens.
Musique, ce sont 5 enregistrements de Jean-Louis Murat, sur des textes révolutionnaires, comme  la Marseillaise, l’Internationale, ou de Murat lui-même, (l’envers du Zébu). Ces enregistrements (très beaux!) sont à la fois des séquences audio-visuelles « réelles » et des bande-son pour les parcours de « The end, etc. » (Il y a presque dans la voix de Murat la nostalgie et le manque de la voix de « The end » des Doors …)

Portraits, ce sont 21 séquences d’entretiens de personnes réelles (dont les acteurs de la Fiction : Élodie Bouchez, Jérôme Kircher, Aurore Clément , André Wilms), entretiens sur leur vie, leurs difficultés, leurs rêves, leur travail, leurs opinions politiques, etc… de personnages très différents ( le journaliste Denis Jeambar ou une caissiere de magasin Virginie Maréchal-Ossoukine).
Fiction. Une histoire  d’une jeune femme (Élodie  Bouchez) cherchant du travail, répondant à l’annonce d’un patron ( Jérôme Kircher) recherchant un « homme de ménage »… ses expériences antérieures, -professionnelle, sentimentale, …-  avec les femmes ayant été visiblement des fiasco. Le dialogue entre les deux, leur incompréhension autant que leur désir, dans cette « tractation » (attraction/refus) salariale autant que de séduction,  révèlent  comment les engagements du langage et du corps sont nécessairement politiques. Politique, cette jeune femme refuse (sur le mode de la démocratie représentative) pourtant de l’être, comme elle refuse son « genre », si on en croit les autres dialogues avec ses parents ( Aurore Clément , André Wilms), qui sont des acteurs ratés, ou avec sa fille (qui voudrait être chanteuse) .
Des séquences de Fiction sont en fait « en abyme » : c’est sous le signe de la « fin » du Cinéma (ou du théâtre), la fin ou la crise de la fiction,  (au bénéfice du « marketing », de « l’économie »), qu’Elodie Bouchez /Sam Gérard/Laetitia Masson essaie de penser la « crise », la fin, l’apocalypse présente . Elle rejoue ainsi en cauchemar une scène ou son père est un figurant nazi… En abyme, métafiction, au sens où documentaire-réel et fiction s’interpénètrent.

The end etcLà ou le Web intervient en effet, c’est dans l’expérience hypermédia, et transmedia-,  à laquelle nous sommes conviés :  « Composez votre film » . Trois séries d’écrans propose des mots clés. En fait, la composition de chacun de ces 3 choix  renvoie à une organisation aléatoire des séquences. Après le choix de navigation entre les registres Fiction, Portraits ou Musique,  nous pouvons ensuite explorer les différentes possibilités de navigation fonctionnelle (Partagez  Recommencez  The end, etc. Prolongez l’expérience. Crédits). Mais « Composez votre film », c’est surtout la composition de ces trois registres de « concepts  » clés principaux (famille amour travail international dieu président, etc...-) , composition présidant au choix de séquences, intégrant elles-mêmes des éléments de Fiction comme des Portraits (et de Musique d’ailleurs).
Cette exploration transmédia, fiction/documentaire, permet d’explorer réellement l’univers de Laetitia Masson.  D’explorer …sans fin.  L’effet de ritournelle permet de faire varier l’étrangeté des relations de séduction /refus des deux personnages (Bouchez/Kircher), comme des modes de transmission grands parents/fille/petite fille ; des relations Fiction/réel, présent/histoire/futur, des rapports homme/femme/transexuel, etc…
Juste un regret (dont on sent bien que Laetitia Masson a voulu faire un atout) :   le « résultat » hypermédia des « compositions » de ces trois registres de concepts clé est en fait aléatoire ( http://the-end.nouvelles-ecritures.francetv.fr/film-aleatoire-the-end-etc.html). . Certes, la vie est faite de hasards et contingences au sein des contraintes majeures, et cette expérience en rend bien compte. Mais il est dommage qu’on soit dans une composition (qui certes n’aboutit jamais à une incohérence « logique ») restant  une composition de jeu, comme lorsqu’on rebat les cartes. Chaque donne est différente, mais le « jeu » reste le même. (Mais d’un autre côté, comment faire, sinon en « sortant » de l’oeuvre ?)
À notre sens, l’indexation, l’annotation, dont font l’objet les mots clés, comme les séquences,  sont dans l’extériorité formelle de l’hypertexte, tel qu’on le connait depuis Ted Nelson. On voit bien que d’autres logiques pourraient présider aux graphes composant ces données et ces liens. Sur le cahier des charges que s’est donné Laetitia Masson, on pourrait imaginer que des « automates »  sémantiques viennent rejouer la donne en fonction de graphes de données où Fiction et  Portraits pourraient se composer « moins arbitrairement », en fonction de logiques de possibilités ouvertes, en quelque sorte « de l’intérieur » du sens de chacun des fragments, des modalités inhérentes à chaque séquence.
De fait, cette « contrainte » n’apparait que si nous voulons faire exister cette « expérience » sur le Web. Si tel est le but ultime de Laetitia Masson ( « partagez votre film ») sur Facebook (?), il faut que mon expérience ne soit pas seulement aléatoire.  Les univers de la Fiction qui nous est présentée, des portraits dont nous écoutons les entretiens, nous conduisent (nous, internautes) à ouvrir The End, etc. sur un et cetera desunt  (et les autres choses manquent …)  interminable, mais également maîtrisable, compréhensible, c’est-à -dire échangeable, d’un univers à l’autre.
On voit bien qu’à l’avenir, ce que devront « échanger » les créateurs, les metteurs en scène, ce sont aussi les algorithmes proposant des logiques de mondes possibles, des alternatives composant réel et fiction, afin de ne pas en rester à la répétition aléatoire des mêmes données, entre chaos et/ou déterminisme.

« Que vais-je partager ? et avec qui ? », tel pourrait-être l’autre titre du film de Laetitia Masson.

Yannick Maignien

logo_nouvellesecritures« THE END, ETC. »  de Laetitia Masson, Développé par Memo Prod et les Nouvelles Ecritures de France Télévisions, en collaboration avec Incandescence, et avec le soutien de l’IRI et du CNC.

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